Stream Building

Un bâtiment universel pour des usages singuliers

Vue du parvis du tribunal de grande instance

Lauréat de l’Appel à Projets Urbains Innovants « Réinventer Paris », lancé par la mairie de Paris en 2015, le Stream Building est un projet manifeste de la philosophie de travail développée par l’agence PCA-STREAM, qui associe recherche et action. Conçu de manière collaborative avec des contributeurs de la revue STREAM et les futurs exploitants du bâtiment, cette plateforme de vie 24h/24 répond à de nouveaux modes de vie décloisonnés et connectés.

Un enjeu métropolitain : participer à l’invention du Grand Paris du XXIe siècle

Le quartier Clichy-Batignolles, aménagé sur 54 hectares de friches ferroviaire dans le 17e arrondissement, au nord de Paris, est le seul de la capitale entièrement réalisé au XXIe siècle. Conçu dans une conscience nouvelle des enjeux environnementaux, il est le fruit d’un travail de co-conception inédit engageant de nombreux acteurs publics et privés, aménageurs, investisseurs, concepteurs et associations de riverains. Clichy-Batignolles occupe une position remarquable à l’articulation de plusieurs quartiers parisiens, dans un quart nord-ouest de la métropole particulièrement dynamique et qui s’apprête à bénéficier d’une accessibilité en transports en commun considérablement renforcée. La tour du Tribunal de Grande Instance, dessinée par Renzo Piano, forme le signal d’une nouvelle centralité en bordure des communes de Paris et de Clichy. Le TGI et son parvis articulent une nouvelle place qui sera bordée par un bâtiment de 16 000 m2 conçu dans le cadre de l’Appel à Projets Urbains Innovants Réinventer Paris. 45 équipes internationales ont participé, pour 4 équipes finalistes. PCA-STREAM a été désigné lauréat en février 2016, et le projet en cours d’étude verra le jour fin 2019.

Un contexte original : « Réinventer Paris »

Pour combler le décalage entre la fabrication quotidienne de la ville et la rapidité des mutations urbaines et sociales contemporaines, la mairie de Paris a lancé un défi inédit aux créateurs du monde entier : réinventer 23 sites parisiens pour en faire les modèles de la ville du futur en matière d’architecture, de nouveaux usages, d’innovation environnementale et de co-construction. Le principe de cet Appel à Projets Urbains Innovants, intitulé « Réinventer Paris », qui passe par une cession de propriété publique, représente pour la municipalité une nouvelle manière d’interagir avec les professionnels de l’urbain. Elle les invite à concevoir le Paris de demain en énonçant les défis d’innovations prioritaires et en les invitant à constituer des groupements originaux et non-conventionnels. Signe du succès de l’opération, 372 dossiers ont été officiellement déposés, qui aboutiront à 22 projets-manifestes.

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Une méthode inédite de co-conception collaborative

Le cadre donné par cet appel à projets favorisait l’innovation dans le processus de projets comme dans la programmation. Le groupement composé par PCA-STREAM, Eurosic (investisseur) et Hines (promoteur) a travaillé selon une dynamique visant à renverser les rôles traditionnels entre maître d’œuvre et maître d’ouvrage. L’agence a proposé le concept programmatique avec son modèle économique et les partenaires exploitants. Le maître d’ouvrage a analysé, enrichi et validé le concept. Le Stream Building est le résultat d’un vaste et long travail de co-conception qui a donné toute son ampleur à la notion d’intelligence collective en réunissant une équipe de partenaires et start-ups innovants : Topager, Zoku, Spaces, Nu! ou Noctis. Une partie du projet reste ouverte à une co-programmation avec le quartier et ses habitants.

Une vision fondée sur l’application des recherches Stream

La vision du projet est fondée sur l’application de plusieurs années de recherches sur les nouveaux espaces de travail (Stream 02, After office). Le Stream Building s’inscrit en ce sens dans la continuité du projet #cloud.paris, livré fin 2015. Il intègre par ailleurs les idées issues de Stream 03, Habiter l’Anthropocène, en abordant notamment le bâtiment comme un métabolisme. Mutations technologiques, nouveaux usages et vision renouvelée des rapports ville-nature caractérisent ce projet-manifeste.

vue de la faille végétalisée

Un équipement privé d’intérêt général

Dans ce quartier neuf au pied du futur tribunal, l’absence de lieux de vie est frappante. Le Stream Building a été imaginé comme un hub relationnel, une maison pour tous qui rassemble sous un même toit toutes les activités d’une vie urbaine dense. Faisant exploser les logiques mono-fonctionnelles, il crée une coexistence inédite entre différentes formes de travail, de séjour, de restauration et d’activités culturelles. Il offre une destination attractive tout au long de la journée pour les habitants du quartier et de la métropole parisienne. On peut s’y nourrir, travailler, se rencontrer, séjourner. La mixité exceptionnelle du programme (25% de services ouverts au public, 25% d’offre résidentielle, 50% d’espaces de travail) transcende les réflexes traditionnels des investisseurs, attachés à la mono-fonctionnalité de leurs actifs, en faisant le pari d’une évolution de la demande pour des programmes plus riches et désirables.

Un espace communautaire à la carte

Le Stream Building répond à de nouvelles façons de travailler. Les technologies numériques ont entièrement transformé les modes de travail, favorisant le nomadisme et estompant les limites entre vie professionnelle et vie privée. On travaille au café, dans un salon, chez soi ou en déplacement. On travaille en surfant sur le web ou en échangeant à plusieurs, voire même en rêvant. Une génération de travailleurs émerge, mobile et hyperconnectée. Privilégiant les organisations collaboratives et le partage, elle est à la recherche de nouveaux tiers-lieux qui lui ressemblent : mixtes, hybrides et déspécialisés. La conception des immeubles de bureaux est ainsi confrontée à un changement de paradigme qui remet en cause le modèle économique classique de l’industrie immobilière. L’offre de plateaux en blanc à louer dans des immeubles impersonnels avec des baux à long terme ne correspond plus aux attentes des entreprises agiles. Le bureau n’est pas qu’un simple espace de travail mais bien un lieu de ressources multiples. Le Stream Building s’inscrit dans ce nouvel écosystème en proposant une plateforme d’hospitalité multifonctionnelle, ouverte et connectée, proposant des espaces et services à la carte. Il crée sa propre centralité en opérant comme un catalyseur de rencontres, de sociabilité et de sérendipité. Les espaces sont loués auprès d’un opérateur unique, chargé de leur animation et de leur exploitation, accomplissant la migration progressive du bureau vers le modèle hôtelier, confirmée par le succès foudroyant du modèle We Work, apparu aux États-Unis au début des années 2010.

Vue du périphérique

Un écosystème nourricier et socialement solidaire

Conséquence de l’ère Anthropocène, l’architecture doit abandonner l’analogie moderne de la machine pour se tourner vers la métaphore du vivant. Le Stream Building s’inscrit dans cette dynamique : il est envisagé comme un organisme qui métabolise ses déchets et les transforme en ressources. Il expérimente notamment un fonctionnement circulaire du cycle alimentaire. Les produits organiques produits sur place sont vendus, transformés et consommés localement. Les déchets alimentaires de la production maraîchère et des restaurants alimentent un compost qui permet de fertiliser naturellement le sol de la toiture pour les prochaines récoltes. Dans la logique cradle-to-cradle, les sortants d’un cycle ne sont plus considérés comme des rebuts mais valorisés comme entrants d’un nouveau cycle de production. Le Stream Building met l’agriculture urbaine au service des circuits courts et de l’économie solidaire. Un potager de 1 200 m² se déploie en toiture, spécifiquement conçue par la société Topager pour que la production soit rentable et stable au fil des saisons. Les légumes, herbes et fleurs cultivés sont vendus dans une épicerie sans emballage ou utilisés par les différents restaurants au pied de l’immeuble. Le houblon, qui assure une protection thermique de la façade sud en été, est brassé sur place pour produire une bière ultra-locale. La production et la transformation sont assurées par l’association Espaces, qui administrera une Société Coopérative d’Intérêt Collectif regroupant l’ensemble des acteurs du projet. Cette SCIC propose des emplois d’insertion à des habitants éloignés de l’activité professionnelle pour faire converger enjeux environnementaux et préoccupations sociales.

un fonctionnement en circuits courts
vue de la toiture potagère

Un système constructif modulaire et évolutif

Le Stream Building est constitué d’une structure bois et de noyaux en béton. Choisi pour son remarquable bilan carbone, le bois permet un chantier plus rapide et peu nuisible. La trame structurelle unique de 3,6 m, qui s’exprime par une géométrie carrée en façade, permet d’accueillir une grande variété de programmes : espaces de travail, résidence hôtelière, restaurants, commerces, salle de sport, etc. Cette structure est revêtue d’une enveloppe bioclimatique. Les baies toute hauteur créent des espaces ouverts et lumineux. Le traitement de l’enveloppe est différencié selon les orientations du bâtiment. La grande façade sud-ouest est en double peau ventilée quand la façade nord est en simple peau. La production photovoltaïque en toiture couvre une grande partie des besoins énergétiques du bâtiment. L’écriture domestique et uniforme de cette façade autorise une programmation évolutive voire une mutabilité intégrale. La conception du bâtiment, de ses planchers, de ses systèmes techniques comme de sa sécurité incendie permet la réversibilité totale de ses destinations, ce qui en fait un prototype d’architecture résiliente, s’adaptant aux fluctuations des populations et du marché. Dans vingt ans, il pourra aussi bien accueillir un hôtel, des logements, un programme culturel ou un équipement public dans ses différents étages. Le Stream Building est l’affirmation d’une architecture plus relationnelle que formelle. Sa façade volontairement sobre, en écho à celle du TGI voisin, constitue la toile de fond sur laquelle se déploie un tableau vivant permanent. Sa trame structurelle bois se prolonge en exostructure à la pointe du bâtiment pour devenir le support d’une programmation artistique dans l’espace public.

rez-de-chaussée ouvert sur le quartier
une structure mutable et évolutive

Informations

Client Eurosic (investisseur) ; Hines (promoteur)
Contexte Projet lauréat de l'Appel à Projets Urbains Innovants "Réinventer Paris"
Programme Construction d’un immeuble mixte comprenant bureaux à la demande, espaces de coworking, restaurants, lieu festif en terrasse, commerce sans emballage, toiture agricole, brasserie de bière locale
Localisation ZAC Clichy-Batignolles, Paris 17ème
Mission Complète
Surface 16 000 m²
Statut APS
Certifications  HQE Excellent ; BREEAM Excellent ; Label Effinergie+
Équipe EUROSIC, HINES, PCA-STREAM, TOPAGER, NU!, NOCTIS, ZOKU, SPACES, ASSOCIATION ESPACES, DJURIC TARDIO ARCHITECTES, QUARTIER LIBRE, TRANSSOLAR, CC INGENIERIE, CHARPENTE CONCEPT, VS-A GROUP, CSD FACES, KHEPHREN, STRATEACT, VITRA, PHILIPS, Adrien Ferrand, Interface Restauration, CERES Conseil, KINO PRODUCTIONS