La Source Vive naît de la volonté d’Aline Foriel-Destezet de créer un lieu entièrement dédié à la musique, dans le prolongement de La Grange au Lac, salle de pin et de cèdre rouge élevée par Patrick Bouchain en 1993 sur les hauteurs du lac Léman, à Évian. Le lien d’Évian à la musique remonte à 1976 et au festival fondé par Antoine Riboud, alors président de BSN — futur groupe Danone —, dont la direction artistique fut confiée en 1985 au violoncelliste Mstislav Rostropovitch : les Rencontres Musicales d’Évian devinrent un rendez-vous majeur, jusqu’au départ du maestro en 2000. Le festival renaît en 2014 à l’initiative de Laurent Sacchi, sous la direction artistique du Quatuor Modigliani, puis aujourd’hui du violoniste Renaud Capuçon. Séduite en 2017 par ce lieu et son histoire, Aline Foriel-Destezet engage en 2021 un projet ambitieux grâce au partenariat d’Évian Resort. Patrick Bouchain en devient directeur artistique aux côtés de Renaud Capuçon, et invite Philippe Chiambaretta à en concevoir l’architecture à quatre mains. Résolument contemporaine, taillée pour la musique de chambre avec ses 500 places, implantée avec délicatesse dans un sous-bois préservé, La Source Vive forme avec La Grange au Lac un ensemble musical inédit, Les Mélèzes — placé sous la direction d’Alexandre Hémardinquer et fondé sur l’excellence, la transmission et l’ouverture à tous les publics.
La Source Vive
Évian-les-Bains
À l’initiative d’Aline Foriel-Destezet, Patrick Bouchain et Philippe Chiambaretta s’allient en 2021 pour concevoir, sur les hauteurs du lac Léman, à Évian, La Source Vive, une nouvelle salle de musique de chambre jouxtant La Grange au Lac. L’ensemble forme Les Mélèzes, un lieu de musique où les arts, l’architecture, l’acoustique, l’histoire et la nature se répondent pour toutes les générations d’artistes et de spectateurs.
Photos
Un contexte rare
Un processus expérimental
La Source Vive est le fruit d’une collaboration inédite entre deux architectes liés par une longue amitié, aux approches résolument complémentaires. Si La Grange au Lac était un bâtiment léger, posé sur la pente, à l’esthétique foraine, avec pour unique matériau le bois, La Source Vive est une salle en partie enterrée, plus minérale et techniquement plus complexe, pensée pour accueillir concerts et enregistrements toute l’année. L’empirisme intuitif de Patrick Bouchain, attaché à l’art de « faire », s’y conjugue à la démarche analytique et scientifique de Philippe Chiambaretta et de son agence PCA-STREAM. Tous deux partagent la conviction que la recherche et l’expérimentation sont au cœur de l’architecture : le projet a donné lieu à de nombreuses itérations, maquettes et simulations, menées avec l’acousticien de renommée internationale Albert Xu, qui avait déjà conçu La Grange au Lac avec Patrick Bouchain et disparut au tout début du chantier. Sous la direction de Salomé Rigal, cheffe de projet, et de Sébastien Truchot, architecte associé chez PCA-STREAM, une vaste équipe de maîtrise d’œuvre a développé les solutions formelles et techniques. Un jumeau numérique du bâtiment, enrichi tout au long de la conception, a permis au bureau d’études acoustique Meta d’anticiper puis de vérifier, à chaque grande étape, des performances mesurables — temps de réverbération, clarté, efficacité latérale. La structure s’emboîte comme un oignon : coque de béton et de plâtre gainée d’une enveloppe de bois habillée de cuivre. Le chantier lui-même est devenu le lieu de réalisation, où tout fut dessiné sur mesure et façonné à la main, dans un dialogue constant avec les artisans.
Une structure complexe unique
Structurellement, La Source Vive se compose de plusieurs strates, tel un oignon. Un socle en béton accueille les gradins et la scène ; ce socle est surmonté d’une coque acoustique en béton, isolée et revêtue sur sa face intérieure de plâtre mouluré. À l’extérieur, cette première enveloppe est entourée d’un vide technique et thermique, qui la sépare d’une deuxième coque en structure bois supportant le manteau extérieur (isolant et voliges) et enfin une couverture en cuivre.
Cette conception complexe d’emboîtement d’une coque béton-plâtre, doublée d’une coque extérieure bois recouverte de cuivre, permet une isolation thermique et acoustique très performante. La mutualisation des équipements de rafraîchissement avec La Grange au Lac, ainsi que le raccordement au réseau de chaleur urbain, permettent d’optimiser les consommations de la salle.
Chantier
L'architecture-instrument
La Source Vive est un bâtiment-outil pensé pour atteindre une forme de perfection acoustique, au croisement des sciences et des arts. Sa forme — ovale en plan, conique en coupe — et son volume (11 m³ par auditeur) font circuler le son de façon optimale, depuis une base circulaire dictée par le site jusqu’à une conque convergeant en un sommet asymétrique. Orientée par le violoniste Renaud Capuçon vers un son souple et soyeux, elle hybride pour la première fois les deux grands types de salles classiques : la « boîte à chaussures » rectangulaire — à laquelle appartient La Grange au Lac — et la salle « vignoble », aux gradins en pente disposés autour des musiciens, pour une expérience à la fois musicale et visuelle idéale en tout point. Les matériaux privilégient le naturel et le local : plâtre brut appliqué en densités variables pour atteindre un temps de réverbération d’environ 1,8 seconde, bois de hêtre rose, cuivre prépatiné en toiture, cuir des fauteuils dessinés sur mesure. Un oculus, dispositif rare, ouvre la salle sur le ciel et y fait entrer la lumière du jour — permettant de répéter en conditions naturelles, ce qu’autorisent très peu de salles de musique. Immersive et baignée de lumière, intégrée à un sous-bois enrichi de plus de 150 arbres et 200 arbustes dans le cadre d’un projet paysager mené avec Coloco, La Source Vive offre aux artistes comme au public une expérience totale.
Matérialités sonores
La conception de La Source Vive a privilégié le recours à des matériaux naturels et locaux, avec une salle blanche et lumineuse, via l’emploi de plâtre brut. Pour Albert Xu, les meilleures salles au monde sont en bois, en plâtre et en verre, comme l’illustrent les grandes salles classiques. L’idée et le choix du plâtre, un matériau antique, les Romains et les Indiens construisant déjà avec, a été l’un des principes fondateurs du projet de La Source Vive. Laissé brut, sa mise en œuvre a permis des densités différentes, pour atteindre l’objectif acoustique d’un temps de réverbération autour de 1,8. Les motifs en plâtre sont très saillants (8 cm) dans la partie basse, à hauteur des oreilles des spectateurs, afin d’améliorer la diffusion du son dans la salle, dans les basses et hautes fréquences. De la même manière, les ondes sont plus rapprochées en partie basse (une onde tous les 50 cm environ) et plus espacées en partie haute, répondant à un besoin de diffusion pour limiter l’effet d’écho dans l’espace. Plus on s’élève vers le sommet de la salle, plus le motif s’espace et s’affine, car le besoin de diffusion y est moindre. Dans la partie supérieure, le motif tend à s’effacer progressivement avec la lumière.
Le bois et le motif du fond de scène constituent une combinaison à la fois acoustique et mathématique, réalisée à partir de poutrelles en hêtre rose massif. Les fauteuils ont fait l’objet d’une conception sur mesure, accompagnée de nombreux essais acoustiques. Bien que les salles de concert ne soient généralement pas équipées de fauteuils en cuir, et encore moins de banquettes, les concepteurs sont parvenus à concevoir un espace où l’absorption acoustique ne repose pas uniquement sur le mobilier, contrairement aux salles traditionnelles équipées de sièges rembourrés recouverts de velours ou encore de rideaux. Les fauteuils intègrent néanmoins des coussins en sous-face, assurant une part d’absorption. Des zones traitées en mono-acoustique (laine minérale recouverte d’un enduit de plâtre) ont été discrètement intégrées dans les ondulations des murs pour optimiser l’absorption acoustique. La paroi de la régie a également été travaillée avec un bardage en bois inspiré du motif du fond de scène, permettant au son d’être piégé dans une couche de laine minérale dissimulée en arrière-plan. Enfin, la surface de l’abat-son a été traitée avec des matériaux absorbants afin d’optimiser les performances acoustiques globales. Les matériaux des aménagements de la salle privilégient également la dimension naturelle, au service du confort et de l’expérience, avec l’emploi du métal et du hêtre rose, en écho au rose du cuir naturel.
Fiche technique
Dessins