La « forme-bureau »

  • Publié le 25 janvier 2017
  • Clément Dirié

Représenter l’espace de travail, c’est figurer tout à la fois un espace réel et un espace mental, une organisation cérébrale du travail et son équivalent ou sa traduction matérielle. De la Renaissance à l’aube du XXIe siècle, de l’esthétique documentaire à l’ambiguïté utopique, suivons en images quelques incarnations de la « forme-bureau ».

Clément Dirié est historien et critique d’art, commissaire d’exposition et éditeur spécialisé en art contemporain.

Personnel

Quand, plus de cinq siècles après sa conception, de jeunes artistes contemporains transposent en trois dimensions le studiolo de Saint Jérôme, c’est son organisation rationnelle – celle d’un « honnête homme » de la Renaissance – qui surgit à l’heure de la dématérialisation du travail. L’espace à soi – celui de la spéculation intellectuelle – est devenu un espace ouvert où le bureau de l’écran d’ordinateur est l’indépassable repère.

"Saint Jerome in His study", Antonio da Messina, c. 1475 © The National Gallery, London
"Studiolo (d'après Antonello da Messina, Saint-Jérôme dans son cabinet de travail, c.1475)", 2008 © Raphaël Zarka, Courtesy of Galerie Michel Rein

Collectif

Du bureau individuel au bureau collectif, mimant l’organisation ouvrière du travail et son souci de répartition et de surveillance des tâches, la « forme-bureau » est successivement devenue un lieu de contraintes, un espace mobile ou un théâtre communautaire. Dans les quartiers d’affaires, il est surtout interchangeable. Pour les artistes, il est devenu mobile. Le monde liquide comme bureau.

Corporate

Avec sa série « This Was Corporate America » réalisée à la Standard Oil Company of California, Chauncey Hare cartographie un espace mental quasi « carcéral », celui au sein duquel la classe moyenne américaine vit ses décennies 1960, 1970 et 1980. À chaque époque, sa standardisation des goûts et des usages.

Intime

Vertical ou horizontal, chaque activité crée son architecture et, de fait, sa hiérarchie et son système de valeurs. En Californie encore, Andrea Zittel renouvelle le studiolo de Saint Jérôme en recréant une chambre à soi.

Imaginaire

Les artistes s’emparent de la « forme-bureau » pour proposer modèles et contre-modèles, utopies et dénonciations. Quand l’Atelier Van Lieshout dessine la « Sleep Work Unit » de sa Slave City, Tatiana Trouvé invente son Bureau d’Activités Implicites. À l’heure du « tout-corporate », le bureau s’avère être un espace de projection, gagnant ses lettres de noblesse dans l’ordre des représentations.

(Cet article a été publié dans Stream 02 en 2012.)

Bibliographie

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Mémoires contemporaines

Bertrand Julien-Laferrière

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En faisant appel, en amont d’un grand projet de reconversion immobilière, aux artistes Per Barclay et Alain Bublex, la Société Foncière Lyonnaise a conduit une réflexion sur la transformation d’un lieu du patrimoine industriel du XXe siècle en lieu de vie et de travail contemporain. Cette ancienne usine de Boulogne-Billancourt, déjà reconvertie en bureaux à la fin du XXe siècle, subit une nouvelle transformation pour s’adapter aux besoins des entreprises d’aujourd’hui. Pour Bertrand Julien-Laferrière, l’enjeu est de définir un nouvel archétype de bâtiment tertiaire dont le design, la fonctionnalité et le confort des espaces de travail favoriseront l’innovation et l’épanouissement des talents. Le frottement de la culture et de la création artistique avec les activités économiques donne du sens à ceux qui vivent et travaillent dans cet environnement repensé. Bertrand Julien-Laferrière est diplômé de l’École Centrale de Paris, de l’Université de Californie à Berkeley et de l’Insead. Il dirige les activités immobilières d’Ardian, principale société de gestion alternative en Europe.

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L’émergence d’une nouvelle spatialité

Pour l’architecte Philippe Rahm, l’architecture et l’espace, l’immeuble de bureaux et l’espace de travail peuvent être considérés comme des écosystèmes. L’apparition des technologies embarquées et la dématérialisation des productions mettent l’architecture face à la question d’une mutation de nos rapports à l’espace. En s’attachant aux propriétés physiques et chimiques des matériaux, de l’espace et de ses usagers, les architectures expérimentales de Philippe Rahm tirent parti de données invisibles à l’échelle d’un bâtiment et ouvrent de multiples possibilités. Philippe Rahm est un architecte suisse. Il dirige Philippe Rahm Architectes et enseigne à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles ainsi qu’à la Graduate School of Design de l’université de Harvard.

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L’espace de travail comme outil

Jan-Peter Kastelein

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L’aménagement de l’espace du bureau doit accompagner le modèle de management au sein de l’entreprise. S’inspirant des recherches architecturales pour le milieu hospitalier, l’« evidence-based design » se révèle être une méthode pour mettre en relation tous les acteurs de l’espace du travail et trouver des solutions de design adaptées à chaque organisation. Faisant appel à des disciplines comme la psychologie environnementale ou l’étude des comportements économiques, cette méthode pratiquée par YNNO – agence de conseil en stratégie de design pour les entreprises co-fondée par Jan-Peter Kastelein – est à l’origine des espaces de travail de l’entreprise Google. Jan-Peter Kastelein est un psychologue environnementaliste, et associé chez YNNO, cabinet de conseil néerlandais.

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